Mon voyage vers la France

Dans le cadre du projet Babelweb, les stagiaires de l’E2C racontent leur voyage vers la France et leur premier jour ici.
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Anahita

Avec mes deux frères et mes parents, nous sommes partis d’Iran fin 2015. C’était la première fois que je quittais l’Iran. Nous sommes allés jusqu’à la frontière turque. Je ne connaissais pas le chauffeur. Nous avons changé plusieurs fois de chauffeurs pour éviter la police. Nous avons franchi la frontière à pied, franchi une rivière, j’avais de l’eau jusqu’au cou. Nous avons marché cinq heures. Il y avait beaucoup de personnes, des iraniens, des afghans, surtout des hommes seuls.
En Turquie, il fallait courir pour avoir une voiture, direction Istanbul. Je ne me souviens pas très bien du trajet. Nous avons dû nous arrêter pour changer de voiture, changer de vêtement. Nous sommes restés deux semaines à Istanbul. J’adore cette ville de lumière.
Puis nous avons pris le bateau pour aller à Athènes. Nous y sommes restés sept mois. Nous avons dormi dans des tentes. J’ai des bons souvenirs de nos soirées avec d’autres exilés, de moins bons souvenirs aussi : nous devions laver nos vêtements à la main. Parfois, il y avait de la violence entre ces voyageurs.
J’ai eu 16 ans. Puis, un jour, à la fin du mois de Ramadan, nous sommes partis à la frontière de la Macédoine et nous avons marché deux semaines dans la forêt. Nous étions une centaine. Ce n’était pas un mauvais moment pour moi.
Nous sommes allés en Serbie en voiture, à Belgrade. Nous y sommes restés deux mois. Fini les tentes, nous dormions dans un foyer. Nous y sommes restés deux mois.
La suite de notre voyage : le bus pour la Hongrie, le train pour l’Autriche. C’est trop propre l’Autriche ! De nouveau le train pour l’Italie : Milan. Puis, Nice.
Je me souviens de la date : le 21 septembre 2017.


Armondo

Le jour où je suis parti de chez moi, il faisait beau. J’ai appelé le taxi pour qu’il vienne me chercher et qu’il m’amène à l’aéroport de Tirana, la capitale de l’Albanie.
Avant de prendre l’avion, j’ai fait la connaissance de touristes italiens. Nous avons mangé ensemble. Le repas coûtait très cher. J’étais surpris. J’ai demandé au serveur si dans le café, il y avait de l’or. Il a ri.
Puis, nous avons pris l’avion pour Milan. Arrivé à l’aéroport, j’ai pris un taxi pour aller à l’hôtel. Je suis resté en Italie trois jours avant de partir pour la France. Pendant ces trois jours, j’ai revu un vieil ami italien
Puis, j’ai pris un billet de TGV en seconde classe, direction Paris. Mais moi, je me suis arrêté à Lyon et là, mon cousin est venu me chercher en voiture pour aller à Auxerre.
Quand je suis arrivé, il faisait nuit et beau. Je suis allé me coucher. J’étais très fatigué.
La seule chose que je savais dire c’était : « je m’appelle Armondo ». Je me sentais bizarre et je me posais beaucoup de questions. Mais, je n’avais pas peur.


Rania

J’étais en Algérie avant de venir en France. Le jour de mon départ, il faisait chaud : environ 37 degrés. Les gens allaient se baigner. Ils sortaient la nuit. On est resté les deux mois d’été. Comme toujours avant de quitter l’Algérie, je suis sortie avec mes amis pour la dernière fois. Le jour du voyage, on était presque prêts mais quelque chose n’allait pas en moi. J’étais un peu triste car à chaque fois que je m’habituais à mon pays, je devais partir. C’est triste non ? Mais on ne peut rien faire. C’est la vie !
La chose positive : c’est que je me sentais un peu à l’aise car je connaissais le français. On a pris la voiture jusqu’à l’aéroport : une heure de route. Ce n’était pas loin du tout et il ne faisait pas très chaud car c’était le mois de septembre.
On est arrivé à l’aéroport. On a dû attendre une heure en passant notre temps sur les portables. Après une heure, on est monté dans l’avion. Au bout d’1h30, on est arrivés à Lyon. L’aéroport de Lyon est grand et très beau. Il est énorme ! On va habiter à Dijon ! Je me demandais à quoi ça ressemblait ! J’avais hâte de voir cette ville. Pour aller à Dijon, on a pris le train. Je n’étais pas fatiguée. Enfin, on est arrivé à la Gare de Dijon. C’était l’après-midi.
On ne connaissait personne. Il faisait beau. On est restés jusqu’à l’arrivée d’un ami de mon père. Il nous a ramenés à la maison tout simplement. Le voyage n’était pas fatigant mais c’était dur d’aller dans un pays où il n’y avait personne qui nous connaissait. Je me disais qu’avec le temps, on allait s’habituer.


Ismail

Je vais vous raconter mon premier jour en France.Je suis arrivé en France. C’était le printemps. Il faisait froid. Au mois d’avril, en 2017.
Je suis venu à Lyon et je ne connaissais personne. Je suis resté dans la gare pendant trois heures. Après je suis sorti de la gare et j’ai cherché un commissariat. Je n’ai pas trouvé la police, alors je suis retourné à la gare.
A côté de la gare, il y avait un homme qui m’a aidé. Il m’a montré la station de police. Quand je suis entré dans le commissariat, je voulais trouver des toilettes mais je ne savais pas comment dire toilettes en français. La police non plus, ne comprenait pas ce que je voulais. Après 20 minutes on s’est compris. Le policier m’a donné un papier et il m’a dit : « Va chercher un hôtel. Ce soir, tu vas dormir à l’hôtel et demain tu viens ici. » Malheureusement, je n’avais pas internet pour chercher l’adresse de l’hôtel et j’étais très fatigué. Une fois l’hôtel trouvé, il n’y avait plus de place.
Je suis donc retourné au commissariat et la police m’a amené dans un autre endroit réservé aux mineurs pour la soirée. J’ai pu me laver et passer une nuit dans un lit.
Voilà mon premier jour en France !


Saada

Je suis Saada. Je suis arrivée en France au mois de décembre. C’est un mois de de fête.
Je veux vous raconter les choses qui m’ont surprise.
La décoration et le marché de Noël étaient beaux mais il faisait froid.
Il neigeait. C’était la première fois que je voyais la neige.
J’étais vraiment surprise de voir la neige en vrai car avant je ne la voyais qu’à la télé. Le 24, j’étais invitée chez une amie française pour passer le Noël avec sa famille. Vers 21h, ils nous invitent à table, les autres invités et moi, pour manger. Il y avait beaucoup de nourriture, du salé comme de sucré. Là, une fois installés à table, ils nous expliquent : ça c’est le foie gras, le saumon… Il y avait deux autres plats : c’était les cuisses de grenouilles et les escargots. Comme je ne parlais pas le français, je lui ai demandé ce qu’était une grenouille. Là elle m’a expliqué : « frogs legs ».
J’étais vraiment surprise car avant je ne savais pas que des personnes mangeaient ces animaux.
Chez nous, l’escargot, on ne le mange pas car c’est considéré comme un porte-bonheur.


Iman

D’abord je voudrais dire que pour tout le monde, ce sera un simple voyage, mais pour un rêveur inspiré …il pourra ressentir et vivre chaque mot écrit.
Un week-end de 2018 comme un autre, nous avons reçu un appel de mon père qui n’était pas en Espagne mais déjà en France depuis six mois. Un appel de mon père : rien de nouveau…mais cette fois c’était différent.
Ce moment était donc venu où ma vie allait complètement changer ; un moment que j’attendais depuis longtemps. « La famille… finalement on va déménager en France ! ». Certains d’entre nous ont montré de la joie sur leur visage, tandis que d’autres ont montré le contraire …
C’était exactement le 29 septembre à 5h00 du matin. L’heure était arrivée. Nous avions déjà tout préparé mais bien sûr nous étions toujours à la recherche de quelque chose pour ne rien oublier. Cette fois, ce n’allait pas être un aller-retour, mais un changement de vie.
Au moment où nous sommes sortis, nous avons ressenti cette fraîche matinée d’été. Nous sommes montés dans la voiture en direction de la gare routière. 6h00 du matin. Il était temps de monter dans le bus et de commencer à voyager. Chaque minute qui passait, j’étais plus loin de l’endroit où je suis née et où j’ai vécu toute ma vie. Pendant le voyage, nous avons traversé de nombreuses villes : Alicante, Valence, Castellón, Tarragone… À chacun, sa perception de ce voyage : j’ai vu des mers et des montagnes qui paraissaient infinies. Quand j’étais petite, je pensais que derrière chaque montagne, il y avait un pays différent.
Nous approchions de Barcelone pour faire le changement de bus. En écoutant cette ville, j’ai senti à quel point j’étais proche de mon nouveau pays, ce pays où j’allais commencer une nouvelle vie. Je me rapprochais de plus en plus et je devenais de plus en plus nerveuse. Je me suis demandée comment seraient ces gens, cette ville, si ce serait facile pour moi … Bien sûr, je n’avais pas de réponse.
Là, on pouvait voir ces grandes montagnes. Il n’y avait aucun moyen de les décrire. Ce changement de température : il commençait à faire froid. J’ai senti quelque chose d’étrange à l’intérieur de moi. J’étais très curieuse et je voulais arriver. Après avoir passé la frontière, les escales en France ont commencé : Perpignan, Montpellier, Nîmes, Lyon…
Après plusieurs heures, on pouvait voir cette grande affiche : Dijon et… là je savais qu’il n’y avait pas de retour. Je me suis déjà convaincue que j’étais dans ma nouvelle ville. Il y avait ma maison. Ce n’était pas de simples vacances mais un changement de vie. Laisser tout derrière et recommencer était mon rêve, mais le réaliser restait une tâche difficile pour moi…
Il était 6 heures du matin quand j’ai posé mon pied à Dijon et mon père était là à la gare, lui que je n’avais pas vu depuis six mois. C’était une émotion inexplicable.

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