Rencontre avec Philippe Delepine

Cet été, les jeunes stagiaires de l’Ecole de la Deuxième Chance sont allés rencontrés Philippe Delepine, de l’Association Bourguignonne Talents Sans Frontières.

Journalistes en herbe, dans un objectif d’apprentissage de la langue française, les jeunes migrants ont préparé leurs questions, qu’ils sont ensuite aller poser à leur invité.

Voici leur retranscription de l’interview.

 

Pouvez-vous vous présenter, s’il vous plaît ?

Je m’appelle Philippe Delepine, je suis le porteur du projet de l’association bourguignonne Talents sans frontières et de toutes ses extensions.

Pouvez-vous présenter votre projet ?

Alors, le projet ABTSF, Association Bourguignonne Talents Sans Frontières, c’est d’être, en même temps un atelier d’artiste et une ferme auberge. Puisque c’est une association sur la Culture, donc sur la Culture artistique, sur notre patrimoine culturel, mais aussi sur l’Agriculture. Donc on cultive des parcelles. Donc, atelier d’artiste, ferme-auberge et café-théâtre, voilà.

Quel est le but de ce projet ? D’où vous est venue l’idée ?

L’idée, c’est le conte africain du colibri, vous connaissez ce conte ? Il y a un feu dans la forêt, et le petit oiseau, il prend une goutte d’eau, il la jette sur le feu, et il revient, comme ça dix fois, et au bout de dix fois, il y a l’éléphant qui le regarde et il dit « mais ça sert à rien ce que tu fais » et il dit « je sais, ça sert à rien, mais je fais ma part. » C’est ça le but du projet. Parce que j’ai dit ce qu’on faisait ici mais j’ai oublié de dire que, Talents sans frontières, c’est parce que c’est ouvert à tout le monde. Et d’ailleurs la partie bar-café-théâtre s’appelle Guinguette sans frontières.

Combien de temps pour monter ce projet ?
L’association existe depuis presque deux ans. Pendant un an, il y a eu juste l’atelier d’artistes.
Et depuis un an, quand je suis arrivé, on a rajouté la ferme-auberge et le café-théâtre. Le mot Culture, on le prend dans tous ses sens. Alors l’atelier d’artistes, il fonctionne toute l’année mais pour faire vivre le lieu et l’association ce n’est pas assez. Juste un restaurant ouvert deux mois dans l’année ce n’est pas assez. Donc pour que le lieu vive toute l’année, on y a ajouté la ferme et tous ces projets d’extension.
Donc avant que le projet soit à peu près comme on veut, il y a encore deux-trois ans de travail.

Combien avez-vous dépensé d’argent pour construire la guinguette ? Comment avez-vous financé ce projet ?

Alors, on a dépensé, en un an et demi, 10000-9000 € au total. Donc beaucoup d’énergie, beaucoup de travail, et pour l’instant, pas beaucoup d’argent. Pour aller jusqu’à la fin de l’année là avec la guinguette, on a déjà un budget de 12000 ou 14000€, donc, déjà un peu plus. Et avec la guinguette, y a des gens qui payent des boissons, tout ça, donc ça va faire un petit peu plus. Donc, déjà pour 2018, on va être plutôt à 20000€, mais en faisant plus de choses.
Pour l’instant, le jardin, on l’a fait avec 70€. Vendredi dernier, une grande enseigne, dont je tairais le nom, nous a donné 500€ de graines. Alors c’est un peu tard pour cette année, on ne va pas en utiliser beaucoup, mais on a déjà beaucoup de graines pour l’année prochaine. Et dans la même enseigne, y a deux autres magasins qui doivent nous donner des fleurs et des plants. Les plants, ça va être des petits arbres fruitiers comme du cassis, des groseilles, de la vigne, des petits fruits rouges, c’est très bon et puis, en les plantant on va finir le dessin de la parcelle. Parce que si le mot culture, ça représente les deux choses, c’est parce que l’Homme avant, il bougeait tout le temps. Et quand, il s’est posé, il s’est sédentarisé, la Culture est née, telle qu’on la comprend aujourd’hui. Et cette Culture, elle s’est faite avec l’Agriculture. C’est cette Agriculture-là qui a fait, comment on a nommé l’arbre remarquable, l’oiseau remarquable, les plantes qu’on consomme, l’habitude de consommer plutôt telle nourriture que telle autre parce que dans un endroit, on ne cultive pas la même chose que dans un autre. Parce que les plantes sont pas exactement les même, etc. Et c’est ça qui fait la Culture à la base.
La Culture, c’est le début de tout, pour nous, êtres humains,  et ça commence avec l’Agriculture.

Pourquoi avez-vous choisi ce lieu éloigné pour la guinguette sans frontières ?

La première chose, c’est que nous sommes à Dijon Métropole mais on a l’impression d’être à la campagne. Ici c’est une écluse, le canal avant c’est par là que passaient toutes les marchandises. Il y avait des marchandises qui venaient d’Afrique, d’Asie, de partout et qui allaient partout. Une péniche pouvait passer ici, descendre jusqu’à Saint-Jean-de-Losne, prendre la Saône, descendre à Lyon puis à Marseille et charger des marchandises qui venaient d’Afrique ou les envoyer au Moyen-Orient. Il y avait pleins d’échanges. Donc l’écluse c’est le passage pour changer de niveaux, pour pouvoir continuer d’avancer comme un mini ascenseur. Il y avait des gens de toutes l’Europe qui passaient ici, on parlait toutes les langues sur l’écluse donc sans le faire exprès, nous sommes dans un lieu de sans frontières, c’est symbolique de cela.
En vérité, on cherchait un lieu pour l’atelier d’artiste et le maire à Ouges a suggéré de demander au canal parce que leurs maisons ne sont pas occupées et ils ont été intéressé par le projet donc c’était un peu de la chance. Nous n’avons pas fait exprès que ce soit ce symbole-là de l’écluse et de ce que ça représente, mais c’est très bien tombé, et le fait d’être à Ouges, à la frontière entre la grande ville et la campagne, finalement c’est bien. Quand tu es au port du canal, en plein Dijon, à vélo, même sans avoir l’habitude de faire du vélo, ce n’est pas grave : 20 mn. Y a une route à traverser. C’est une voie cyclable donc : Roller, skate-board, peu importe, mais en fait on est assez près de Dijon, contrairement à ce qu’on peut penser. On est bien placé, oui.

Combien de personnes travaillent avec vous sur ce projet ? Sont-ils salariés ou bénévoles ? Et vous ?

Alors 100% des gens ici sont bénévoles. Mon projet à moi, c’est d’être salarié. François aussi espère être salarié même si ce n’est pas à plein temps mais on espère avoir un plan travail, parce que ça fait un an qu’on travaille gratuitement pour ça.
Les artistes, eux, ce qu’ils veulent, c’est avoir un endroit où ils peuvent travailler, présenter leurs œuvres et les vendre. Tous les objets exposés ici sont à vendre.

Quels types de produits allez-vous fabriquer à la ferme ? Et comment allez-vous les exploiter ?

Premièrement, en revendant les produits frais. La parcelle telle qu’elle existe aujourd’hui, Si toi, tu dis : « J’ai envie de vous aider, et je veux travailler à la partie ferme » si tu viens deux ou trois heures par semaine,  au moment de la récolte comme pour les artistes, l’association va garder entre 10% et 20% de la récolte et les autres, on appelle ça du métayage, c’est du partage, il y a une parcelle que l’on fournit, on prend une partie comme si l’on était les propriétaires et pour tous ceux qui l’ont travaillée, on partage la récolte. Il n’y a pas d’argent mais c’est un bénévolat différent. Parce que tu ne viens pas juste donner ton temps, si tu viens, tu sais que tu vas récupérer aussi.  Ensuite, on doit faire le restaurant donc on va cuisiner ces légumes et on va les vendre comme ça et puis tant qu’il n’y a pas le restaurant on va vendre des légumes en frais. Donc la récolte on la met dans les cagettes et on la vend. L’année prochaine, on compte faire des conserves, comme cela si l’on ne vend pas tout en frais, on pourra le vendre en conserve, et puis, on le vend en cuisine.

Avez-vous d’autres projets pour la suite ?

Alors, sur la ferme, on va faire les poules, juste pour les œufs. Parce que si on veut faire la viande, il y a des normes d’hygiène qui sont très compliquées, alors que les normes pour faire des œufs, c’est simple.
Alors le système pour les poules : on va faire appel à des parrains, donc on aura 15 ou 20 poules maximum. Si l’un de vous est le parrain, il offre la poule à l’association ; une poule ça vaut entre 25 et 50€, selon la race de poule. Et sur une année en moyenne, une poule, ça donne un œuf par jour sur environ 30 semaines. Donc ça veut dire que les parrains, ils doivent venir à l’association 30 semaines dans l’année, au moins une fois, 2-3 heures, pour nourrir le poulailler (pas que sa poule). Et en contrepartie, comme pour la parcelle, il récupère ses 6 œufs chaque semaine, pendant 15 semaines. Donc tu as payé ta poule 25-50€ mais tu vas avoir 15×6 œufs, donc tu vas récupérer l’argent que tu as donné. Par contre, tu vas travailler un petit peu. Et les œufs, comme les légumes, seront soit revendus tels quels soit cuisinés au restaurant.
Il va aussi y avoir des ruches, pour faire du miel. On voudrait aussi faire un élevage, plutôt d’écrevisses que de poissons, mais peut-être un peu de poissons, peut-être des escargots, donc ça, c’est pour les petits élevages.

Plus d’infos sur l’association : www.abtsf.fr

Crédit photo : L’Ecole de la Deuxième Chance

Am’art et Fred Gauloiseau, artistes à l’Ecluse

La parcelle de l’Association Bourguignonne Talents Sans Frontières

Salle de vente des objets d’arts

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